Bourse de recherche Enfants et jeunes en grande précarité : Comment réduire les inégalités sociales de santé dès le plus jeune âge ?

fundit

Bourse de recherche (individuelle)

Nombre de bourse : 1

Montant : 17 000 €

Thématique de recherche

Les inégalités en santé sont définies selon l’OMS comme « des différences en ce qui concerne l’état de santé ou la répartition des ressources entre différents groupes de population, qui découlent des conditions sociales dans lesquelles les gens naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent. Les inégalités en santé sont injustes et pourraient être réduites au moyen de politiques publiques équilibrées ».[1] En France, elle se traduisent notamment par une différence d’espérance de vie de sept ans entre les ouvriers et les cadres supérieurs, alors même que ces deux catégories bénéficient d’un emploi, d’un logement et d’une insertion sociale. En effet, à 35 ans, l’espérance de vie sans incapacité d’un cadre est de quarante ans alors qu’elle n’est que de trente-deux ans pour un ouvrier[2].

Parmi les principaux facteurs causant ces différences figurent les conditions économiques et sociales, qui affectent fortement la santé des personnes tout au long de leur vie. Les relations entre niveau scolaire et inégalités sociales de santé[3], ou encore entre pauvreté et inégalités sociales de santé ne sont plus à démontrer[4].

Aux inégalités proprement économiques et sociales s’ajoutent des disparités relatives aux milieux de vie, ainsi qu’aux territoires[5]. L’organisation et l’agencement des territoires a un rôle dans la composition des inégalités à travers des « effets de lieux »[6]. Précisément, les caractéristiques géographiques, environnementales, sociales et économiques des territoires interagissent avec les caractéristiques individuelles des habitants et impactent leur santé.

Par ailleurs, les effets des adversités durant l’enfance, ces expériences stressantes ou traumatiques qui ont un impact neuro développemental, et par extension sur la santé, sont des facteurs importants des inégalités sociales de santé et de leur construction dès le début de la vie. Il s’avère en effet que les adversités durant l’enfance ont des effets sur la santé à long terme[7] et que l’environnement, dans son sens très large, s’incorpore biologiquement[8].

La fabrique des inégalités sociales de santé commence dès le plus jeune âge, y compris in utero, et les déterminants sociaux influant négativement sur la santé des enfants se cumulent pour creuser les inégalités au cours de la vie.

Les inégalités sociales de santé apparaissent dès le début de la vie, pendant les premières étapes du développement psychomoteur et cognitif, et même avant la naissance par des différences de suivi prénatal et de comportements à risque chez la mère. Les facteurs de risque pour la santé de la femme enceinte et de son enfant sont surreprésentés chez les personnes les plus modestes[9].

Aussi, ces inégalités générées très tôt impactent durablement le développement de l’enfant, qu’elles peuvent mettre en péril[10][11][12][13], et celui de l’adulte. Par exemple, l’« Etude longitudinale française depuis l’enfance » (ELFE) montre que grandir dans un ménage pauvre est associé à des taux plus élevés de mortalité et de problèmes de santé à l’âge adulte.

La lutte contre les inégalités sociales de santé est aujourd’hui un enjeu majeur des politiques de santé en France, comme en témoigne la publication récente du « Rapport des 1 000 premiers jours »[14]. Les pouvoirs publics font preuve d’un engagement réel, via par exemple la mise en œuvre des « Ateliers santé ville » à partir de 2004, la loi « Hôpital patient santé et territoires » du 21 juillet 2009, qui évoque explicitement le sujet des inégalités sociales de santé, la création des Agences régionales de santé (ARS) en 2010, dans le cadre desquelles sont mis en œuvre les PRAPS (un programme régional pour l’accès à la prévention et aux soins des personnes les plus démunies) ou encore les PRS (Programme régional de santé), les contrats locaux de santé (CLS), etc.

Cela dit, ce travail en réseau se heurte néanmoins à certaines difficultés, en particulier les logiques de structures qui perdurent et échappent parfois à la dynamique partagée[15]. Aussi, la situation de la France en matière d’inégalités de bien-être entre les enfants demeure préoccupante. Le bilan « Innocenti 13 » de l’UNICEF, qui étudie et compare l’état des inégalités de bien-être entre les enfants de pays de l’Union européenne et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)[16], indique que la France se classe au 23e rang sur 35. Le rapport indique par ailleurs un creusement des inégalités en France depuis 2010.[17]

 

Les inégalités sociales de santé au centre des programmes d’action sociale, l’exemple de la CRf

Parce que les conditions de vie défavorables ou encore la pauvreté des enfants peuvent avoir des répercussions sur leur santé et leur développement[18], la précocité est un facteur de réussite des interventions, qui peut multiplier les chances de prévenir les inégalités sociales de santé. Ainsi la Croix-Rouge française (CRf) intervient à travers ses dispositifs bénévoles et établissements d’action sociale et de lutte contre les exclusions auprès d’enfants et de familles en situation de précarité et de grande précarité : “Accueil Santé Social”, “Espaces Bébé Parents”, maraudes, hébergement, logement, asile et intégration, petite enfance, protection de l’enfance, etc.

La CRf est par ailleurs convaincue de l’utilité de développer et diffuser les connaissances de la recherche scientifique pour contribuer à définir, en lien étroit avec les pouvoirs publics, une stratégie de réduction des inégalités sociales de santé dès l’enfance, et ainsi renforcer l’efficacité de sa lutte contre l’exclusion et la précarité des enfants et des familles.

C’est pourquoi la thématique de travail « Enfance-Jeunesse et inégalités sociales de santé » a été créée. Dans ce cadre, une étude préliminaire des inégalités sociales de santé dès l’enfance a été réalisée, consistant précisément en un diagnostic des problématiques de ce public (enfants et familles) accueilli au sein du réseau Croix-Rouge française, et en un répertoire des réponses apportées par l’association sur l’ensemble de ses dispositifs et établissements. Un groupe de travail thématique a été constitué pour identifier ensuite des leviers opérationnels visant à réduire ces inégalités au sein du réseau CRf.

En association avec la Fondation Croix-Rouge française, le présent appel à projets de recherche s’inscrit dans la continuité de ce travail, avec l’objectif d’apporter un éclairage socio-anthropologique à l’ensemble des acteurs travaillant sur l’enfance vulnérable, et d’étoffer la réflexion du groupe de travail sur cette thématique, en portant un regard particulier sur les mineurs non accompagnés, les enfants à la rue ou dans des logements précaires, car peu de données ont été récoltées en ce sens alors même que ces situations s’aggravent[19][20].

Le premier objectif de cet appel est de comprendre les facteurs de vulnérabilité sur le plan de la santé de ces enfants et jeunes en situation de grande précarité, les mécanismes en jeu dans la fabrique des inégalités sociales de santé dès l’enfance, le rôle de l’environnement et des proches. Comment se construisent les inégalités de santé dès l’enfance ? Quel impact de la grande précarité sur le développement de l’enfant, sa santé, son bien-être, ses capacités d’agir ?

Le second objectif est d’investiguer les forces et faiblesses des principaux dispositifs des acteurs dédiés à intervenir dans le champ de la santé, de la prévention et de la promotion de la santé, et d’explorer les pistes d’une action plus efficace vis-à-vis de ces enfants et familles en grande précarité. De nombreuses pratiques inspirantes et innovantes méritent d’être étudiées et de voir également leurs difficultés interrogées. Quels sont les leviers, individuels et collectifs, pour lutter contre les inégalités sociales de santé dès l’enfance ? L’objectif final sera de traduire les résultats de la recherche en propositions d’actions innovantes.

Zone géographique de recherche

La recherche aura lieu en France.

Chaque lauréat bénéficiera en outre de :

• la possibilité de solliciter une participation aux frais d’assurance liés au terrain (pour un montant maximum de 500 euros)
• suivi scientifique et tutorat personnalisés
• accompagnement dans la valorisation des résultats de la recherche (traduction en anglais, publication sur ce site, soutien pour publier dans des revues d’excellence et notamment dans la revue Alternatives humanitaires, participation aux Rencontres de la Fondation)
• abonnement d’un an à la revue Alternatives humanitaires

Institution
Date de candidature
Durée
1 an
Discipline
Humanités : Anthropologie & Ethnologie
Sciences sociales : Sociologie